Sans-Coeur

EPISODE PREMIER : SANS CŒUR
par Tristan Perreton

Les aventures épouvantables de l'Ombre - Sans Coeur - tristan Perreton - Charles Papier - Roman-feuilleton, polar fantastique, pulp, histoire de fantômes et de chats12,35x20cm / 42 pages / broché
imprimé sur papier bouffant focusbook 80g
couverture sérigraphiée sur papier noir 160g
illustration intérieures de Charles Papier
ISBN: 978-2-919192-01-4
parution : mai 2011 / en stock
prix de vente : 6 euros

Sans-cœur est le premier épisode d’un roman-feuilleton en six parties. C’est une histoire de fantômes, de maléfices et de chats, dans l’esprit des pulps d’antan et des livres noirs d’aujourd’hui.

Polar fantastique reflétant une image nébuleuse de notre XXI° siècle, ce récit est le voyage d’un spectre errant en quête de son nom et de son cœur, confisqués en de troublantes circonstances par un chat un brin sorcier.

Présentées sous la forme d’un fascicule d’une quarantaine de page à la couverture sérigraphiée, accompagné d’illustrations originales réalisées à chaque épisode par un dessinateur différent (Charles Papier, Igor Hofbauer, Bertoyas…), les Aventures épouvantables de l’Ombre sortiront mensuellement à partir de septembre 2011. Chaque épisode se veut indépendant mais fait toutefois partie intégrante d’un récit global, découpé en six chapitres et autant d’aventures ayant à chaque fois un cadre et des protagonistes différents. Seule l’Ombre, personnage récurent de la série viendra semer la panique tout au long de l’histoire.

Lire un extrait :

Comme c’est beau la mer de nuages. On a vraiment l’impression de voguer vers le paradis. C’est pourquoi j’ai demandé au commandant de bord d’aller plus haut dans les sphères célestes. Celui-ci m’a nerveusement rétorqué que c’était impossible, car la carlingue de l’A321 ne supportait pas un plafond supérieur à quarante et un mille pieds. Je lui ai répondu que je n’en avais rien à secouer de son charabia d’aéronautique et qu’il n’avait qu’à prendre à nouveau la parole et annoncer la traversée d’une légère zone de turbulences. En buvant une nouvelle lichée de vodka, je lui conais à nouveau que je ne plaisantais plus :

« Je n’ai jamais vu la stratosphère et aujourd’hui c’est le grand soir. Allez capitaine, cap vers les étoiles.

Je ne vous laisserai pas mettre en péril mon avion ni mes passagers monsieur, jamais », répondit le commandant de bord d’une façon que j’ai jugé cavalière.

Suite à ces propos arrogants, une question m’a immédiatementtraversé l’esprit : pourquoi faut-il toujours qu’un capitaine soit autant attaché à son vaisseau ? Je lui ai répondu avec virulence : 

« Mais c’est pas toi qui l’a bâti ce coucou. C’est Airbus. Tu fais partie du consortium ? T’es actionnaire majoritaire ? Non, t’es qu’un pauvre employé d’une pauvre compagnie aérienne. Tu conduis un charter, bonhomme, t’es pas l’amiral de l’Invincible Armada ! Allez, ai-je repris d’un ton plus ferme, je t’ai dit de voguer plus haut, sans quoi, la zone de turbulences dont je t’ai parlé, elle va nous secouer un peu plus qu’on ne le pense si c’est moi qui tire sur ton manche à balai ! »

Pour me rendre plus persuasif, j’ai sorti de l’intérieur de ma veste le petit cocktail molotov qui j’avais confectionné dans les toilettes de l’avion. Il était constitué d’une jolie bouteille d’eau de vie de prune à 60° que j’avais encore dénichée au duty-free, dans laquelle trempait un des mes caleçons. Je l’ai mis en garde en ces termes :

« Si tu grimpes pas jusqu’aux étoiles, cet habitacle se transformera en bûcher. Allez, vas-y, dis-leur aux couillons de derrière que tu veux tous nous immoler. »

J’ai ensuite saisi le microphone et fait passer mon message:

« Mesdames et messieurs, nous allons faire un petit séjour au septième ciel an de nous rapprocher un peu plus du Très-Haut. »

J’allais ajouter une phrase résolument mystique quand un violent coup sur le crâne m’a précipité dans une dimension inconnue. Je pensais un instant errer dans les limbes mais depuis qu’une commission théologique avait décrété que cet état trouble n’existait plus, je n’étais hélas plus en mesure de l’afrmer. En dépit de ce remaniement cosmogonique, je n’ai pu m’empêcher à posteriori de faire un lien étrange. En effet, à la même date, une autre commission, réunie en une assemblée plénière, avait débattu d’un problème certes moins métaphysique que l’existence de cette dimension mystérieuse. L’objet de ces débats concernait le régime de contrôle de la technologie des missiles et la prolifération inquiétante de ces armes de destruction massive, notamment en Corée du Nord et en Iran. Or, quel lien pouvait-il y avoir avec le Vatican ? A première vue, pas le moindre. Mais imaginons un instant que les limbes soient désormais à portée de missile balistique. Qui sait, en ces temps fondamentalistes, peut-être qu’un jour le Paradis serait la cible d’une attaque terroriste ? Et qu’étais-je en train de manigancer dans l’avion si ce n’était un détournement céleste, de l’astral hi-jacking comme le diraient les adeptes du new age ? Il était donc ainsi tout à fait cohérent que des instances internationales et religieuses se soient réunies pour prévenir une attaque de ce type. Surtout lorsqu’elle était ourdie par un spectre qui s’ignorait.

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